Ni les hordes de touristes sur la place Jemaa el Fna, ni les grands hôtels bâtis à sa périphérie n'ont su la défigurer... Exubérante et sublime, populacière et aristocratique, Marrakech, avec son dédale de rues et ses palais secrets, reste l'une des villes les plus envoûtantes au monde.

C'est au petit matin, quand résonne le premier appel à la prière, ou à la tombée du soir, quand commence à s'apaiser la grande rumeur des foules, que la beauté de Marrakech empoigne le visiteur. Comme un mirage. Comme un miracle...
Au loin, le scintillement des neiges de l'Atlas. Tout autour, le déroulement aride des steppes annonciatrices des immensités sahariennes. Plus près encore, le verdoiement de la palmeraie...
Protégée par ses dix-neuf kilomètres de remparts et ses deux cents tours de terre battue, la médina étale, jusqu'à l'horizon, la géométrie plane de ses terrasses, enchevêtrement vertigineux que ponctue, de loin en loin, le toit vert d'une medersa ou la haute silhouette d'un minaret. Fardée de rose au lever du soleil, d'ocre rouge à son coucher, la ville redevient couleur de terre aux heures asphyxiantes des jours d'été, au point d'évoquer les villes mortes des vieilles légendes du désert.
Seule la colonne noire et immobile de la fumée d'un four de potier s'élevant vers le bleu électrique du ciel, ou la blancheur palpitante du linge séchant sur les toits rappelle que, dans le labyrinthe obscur des venelles et des souks, une vie fiévreuse continue de grouiller.
Il existe quinze portes pour entrer dans la vieille ville. Peu importe celle que l'on a choisie, Bab Jdid ou ou Bab el Khemis, peu importe que l'on se soit ou non muni d'un plan, toujours inexact d'ailleurs. Car on ne visite pas la médina... On s'y perd, on s'y engloutit, on s'y noie !
Ce dédale de ruelles tortueuses, de placettes improbables, de passages obscurs comme des caves, semble n'obéir à aucune logique. On a beau avoir pris ses repères, on se retrouve infailliblement à ricocher d'une venelle inconnue à une impasse inattendue, d'un souk ivre de bruits (cris de muletiers, glapissements d'enfants, martèlements de forges) et d'odeurs (urine et jasmin, épices et peaux de bêtes) à une rue aux murs aveugles, silencieuse comme un tombeau...
Rien à craindre, cependant : les naufragés de la médina trouveront toujours un sauveteur souriant pour leur expliquer que la place Jemaa el Fna, qu'ils désespéraient de rejoindre un jour, n'a pas disparu dans un univers parallèle, mais est en fait à deux pas...
Apprendre la médina
Il ne suffit pas de plonger dans la médina, il faut apprendre à y nager. "C'est la ville qui doit t'imposer son rythme, et non toi qui doit imposer ton rythme à la ville", n'a cessé de nous répéter Abdou, notre guide. Et dans ses pas, on a compris, comme vous comprendrez.
On a compris que ce désordre apparent est un ordre savant, que cette agitation au premier abord indéchiffrable obéit à des lois strictes, à un tissu serré d'activités rationnellement maîtrisées.
Il faut apprendre à se laisser digérer par les entrailles de la vieille ville, à en accepter les perpétuelles alternances de vacarme et de silence, de frénésie et de sérénité. Surtout, il faut se résigner à ce que ses mystères nous restent à jamais opaques.
Quel monde cache cette lourde porte cloutée, quels regards dissimule ce moucharabieh, dans quel repli du temps a disparu cette femme voilée, fantôme happé par la bouche obscure d'un corridor ? Rien n'y fait : pour nous qui venons d'ailleurs, la médina gardera toujours sa part d'ombre. C'est là toute sa magie...
Le secret des riads
La rue, invariablement bordée de hauts murs aveugles, ne laisse en effet rien deviner de la vraie vie des habitants de la médina. Derrière ces portes fermées et les yeux vides de ces rares fenêtres, il peut y avoir un taudis ou un palais. Car, pour le musulman, la sphère de la vie privée est un espace inviolable.
Si la misère se cache, par dignité, la richesse se dissimule également, par respect pour les pauvres. Ainsi peut-on longer le mur lépreux d'une ruelle crasseuse sans se douter qu'il abrite un paradis de fleurs et d'oiseaux.
La médina abrite des centaines de palais urbains, les riads, minuscules ou immenses, mais tous invariablement conçus suivant le même plan. Au rez-de-chaussée, se trouve un patio avec son jardin et sa fontaine, sur lequel ouvrent trois ou quatre pièces meublées de divans et de tables basses. Et bordé au premier étage d'une galerie qui dessert des chambres. Une terrasse (toit), enfin, est souvent aménagée en salon de plein air.
Beaucoup ont heureusement échappé à la destruction qui, il a dix encore, les menaçait presque tous. Restaurés par des amoureux de la vieille ville, ils se sont parfois transformés en hôtels de charme ou en chambres d'hôtes. Pour qui veut comprendre l'âme de Marrakech, c'est dans l'un d'entre eux qu'il faut séjourner.
Infos pratiques
Toutes les saisons sont belles à Marrakech. Mais le printemps (avril-mai) et l'automne (fin septembre-début novembre) y sont inégalables.
Office National du Tourisme Marocain,
161, rue Saint-Honoré, Paris Ier.
Tél. : 01 42 60 63 50 .
Plus d'infos sur le site.
>> Y aller
Royal Air Maroc,
38, avenue de l'Opéra, Paris IIe.
Tél. : 0 820 821 821.
Plusieurs vols quotidiens au départ de Paris et de la province.
Tarif Aller et retour Paris : à partir de 357 €.
Informations et réservations sur le site.
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